Maison Souquet
Nous avons aimé l'aplomb avec lequel cette maison assume son passé. Rue de Bruxelles, la...
Rue Ballu, à la lisière de la Nouvelle Athènes, deux hôtels particuliers se touchent sans se ressembler. Le premier, en brique d'inspiration flamande, fut élevé en 1891 pour le peintre postimpressionniste Charles Wislin ; le second aligne une façade de pierre Belle Époque. La Sacem y a tenu ses bureaux pendant des décennies avant que la maison ne change de vocation. L'architecte Thomas Vidalenc y a inventé une Syldavie, le royaume imaginaire des albums de Tintin, et l'a meublée d'Europe centrale : sièges de Niko Kralj, briques de verre tchèques, bakélite, murs en aplats cernés de moulures plates comme une planche de ligne claire. Rien d'autre à Paris ne ressemble à cela.
Trois choses ont emporté la décision. Le parti pris décoratif d'abord, tenu de bout en bout : la ligne claire franco-belge et le design d'Europe de l'Est des années soixante se répondent des couloirs aux salles de bains en travertin, sans jamais verser dans le pastiche historiciste qui guette les hôtels installés dans l'ancien. Le patio végétalisé ensuite, rare dans un quartier aussi dense, qui offre aux chambres côté jardin un calme de province. La piscine chauffée enfin, creusée dans les caves, qui fait de la maison un lieu où l'on reste plutôt qu'un lieu où l'on dort. L'appartenance aux Small Luxury Hotels of the World dit le niveau de service attendu.
La rue Ballu est calme, presque résidentielle, protégée du vacarme de la place de Clichy par une poignée de mètres. C'est le bas de Montmartre sans la foule de Montmartre. Le Moulin Rouge se rejoint en cinq minutes à pied, le musée de la Vie romantique en dix, Pigalle et ses salles de concert dans le même quart d'heure, les Galeries Lafayette et le boulevard Haussmann en quinze. Le métro Place de Clichy tient deux lignes, et la gare Saint-Lazare, toute proche, ouvre sur Versailles et l'ouest francilien. Le quartier vit le soir sans bruire la nuit : c'est ce qu'on demande à une base parisienne.
Prix : €€€€, luxe
Vibe : graphique, coloré, feutré, délibérément décalé
Chambres : du dix-huit mètres carrés sur rue à l'appartement de quarante-sept avec terrasse, junior suites côté jardin, communicantes jusqu'à six personnes
Pour qui : les amateurs de design, les week-ends à deux, les familles qui cherchent des communicantes
Ce que nous préférons ici : la piscine chauffée des caves, sous briques de verre tchèques et globes lumineux, qui cite les bains slaves
À table : restaurant néo-bistrot de saison dans l'ancien passage cocher, ouvert aux non-résidents, et bar en rotonde
Équipements : piscine intérieure chauffée, sauna, patio végétalisé, salon privatisable pour douze, deux chambres accessibles, animaux acceptés
À voir autour : Moulin Rouge (cinq minutes à pied), musée de la Vie romantique (dix), Galeries Lafayette (quinze), Sacré-Coeur (vingt)
Les catégories se lisent d'abord en surface et en orientation. Les Standard, dix-huit mètres carrés sur rue, tiennent du cocon ; les Supérieures et les Deluxe gagnent la vue jardin et, pour les secondes, un lit d'appoint. Les Junior Suites passent à vingt-neuf mètres carrés avec baignoire, certaines dotées d'une terrasse. Les Appartements, quarante-sept mètres carrés, ajoutent un canapé convertible, et les communicantes montent à cinquante mètres carrés pour six. Partout, du travertin dans les salles de bains, des douches à l'italienne et des soins Atelier Cologne.
Le bien-être occupe les sous-sols excavés, et c'est là que le décor va le plus loin : briques de verre, globes lumineux et carrelages citent les bains slaves et le design est-allemand, dans une lumière qui ne vient d'aucune fenêtre. Le bassin est chauffé, le sauna attenant, l'ensemble ouvert du petit matin jusque tard le soir. Réserver auprès de la maison donne droit à une privatisation du bassin de trois quarts d'heure.
Le restaurant a pris la place de l'ancien passage cocher, ouvert aux résidents comme aux Parisiens, avec une carte néo-bistrot calée sur la saison. Le bar occupe une rotonde aux airs de pavillon de chasse, où le mobilier dépareillé assume son anti-coordination. Le petit-déjeuner se prolonge tard le week-end, le patio sert de salle à manger dès les beaux jours, et un salon privatisable accueille une douzaine de convives.