Vignerons et brasseurs locaux

Interview de Agathe Maury de Domaine du Chasne : Promouvoir les vins d’Île-de-France avec un domaine viticole engagé

Agathe, pouvez-vous vous présenter et nous raconter comment votre parcours atypique – de la pharmacie à la cave, puis au Domaine du Chasne – vous a menée à devenir l’une des figures de la renaissance des vins d’Île-de-France, en plein...

24 août 2026 7 min de lecture
Interview de Agathe Maury de Domaine du Chasne : Promouvoir les vins d’Île-de-France avec un domaine viticole engagé

Agathe, pouvez-vous vous présenter et nous raconter comment votre parcours atypique – de la pharmacie à la cave, puis au Domaine du Chasne – vous a menée à devenir l’une des figures de la renaissance des vins d’Île-de-France, en plein cœur de la Brie ?

Il est vrai que j'ai un parcours relativement atypique, mais lors de mon BTS en Analyses Biologiques, j'ai eu la chance de réaliser un stage à la Faculté d'oenologie de Reims. C'est là que j'ai découvert le métier d'oenologue où j'ai pu être à la rencontre des étudiants. J'ai toujours bien aimé le vin grâce à mon papa qui m'avait initier. Suite à cela, je ne me voyais pas travailler dans un laboratoire donc j'ai fait un BTS Viticulture Oenologie en 1 an que j'ai adoré puis j'ai enchaîné sur le Diplôme d'oenologe. A travers mes études d'oenologie, j'ai réalisé beaucoup de stage dans différents endroits de France. Diplôme en poche, je suis partie avec Arnaud, mon futur marie à l'époque, en Nouvelle Zélande pendant presqu'un an om nous avons bossé dans des wineries et découvert pleins de choses! Revenus en France, nous nous sommes installés dans l'exploitation agricole de la maman d'Arnaud. On s'est marié et Arnaud est devenu agriculteur et a développé la culture de la pomme de terre et moi, j'ai ouvert dans un bâtiment de la ferme, une cave à vins où j'ai vendu des vins d'un peu partout en France pendant 15 ans. Je proposais des soirées dégustations à thème à la ferme. Quand on a su que l'on aviait le droit de planter des vignes en Ile de France (depuis 2016), j'ai cessé mon activité de caviste en 2020 et demandé des droits de plantation et nous avons planté en 2021, 2 ha de vigne. C'était mon rêve depuis toujours de vinifier à la ferme!

Votre vignoble est jeune, planté en 2021 sur 2 hectares d’argile calcaire à meulière, avec un encépagement mêlant pinot noir, chardonnay, chenin et quelques rangs de viognier « de passion » : comment ce terroir briard et ces choix de cépages se traduisent-ils concrètement dans le style de vos vins sous l’IGP Vin d’Île-de-France ?

Effectivement le vignoble est encore très jeune et nous ne pouvons pas prétendre à réaliser de grands vins comme la Bourgogne pour le moment! Mais nous disposons d'un terroir similaire à la Bourgogne avec des cépages identiques à cette région. Le Chardonnay ressemble beaucoup aux vins de Chablis marqué par une belle fraîcheur en fin de bouche. Le Pinot Noir produit un vin rouge léger et fruité. Dans quelques années, nous pourrons extraire plus facilement de tannins et obtenir un vin plus charpenté. Le Chenin qui est un cépage originaire du Val de Loire, s'exprime différemment en Ile de France. Il est plus vif et citronné et au fur et à mesure des années gagnera en rondeur. Le Viognier est très compliqué à vinifier pour le moment car nous avons eu des années compliquées mais nous restons persuadés qu'avec le réchauffement climatique, le Viognier est un cépage qui risque de faire de jolis vins dans la région et c'est déjà le cas, chez certains collègues franciliens!

On parle beaucoup de « renaissance » du vignoble francilien : sur le terrain, quelles sont les principales difficultés que vous rencontrez pour faire reconnaître et aimer des vins d’Île-de-France encore méconnus, et quels leviers utilisez-vous – pédagogie, dégustations, discours sur le terroir – pour convaincre un public parfois sceptique ?

Effectivement, nous avons encore très peu de visibilité sur notre grande région Ile de France car en discutant avec les consommateurs, peu savent qu'il y a des vignes en Ile de France. Nous souhaitons avec le SYVIF (Syndicat des Vignerons d'ile de France) proposer un salon annuel sur Paris ou les environs pour que tous les vignerons franciliens fassent connaître leurs vins. Pour me faire connaître, je commence à faire des salons, foires et je vais à la rencontre de tous les cavistes et restaurateurs qui auront aussi ce joli rôle de promouvoir les vins d'Ile de France.

Vous revendiquez une vendange manuelle, le circuit court et des prix accessibles : dans votre quotidien de vigneronne, comment conciliez-vous ces engagements avec les impératifs économiques d’un jeune domaine, et quels arbitrages concrets cela implique-t-il, de la vigne jusqu’au choix des cuvées et des modes de commercialisation ?

Travailler dans les vignes est un métier totalement manuel ou presque malgré quelques outils qui nous aident comme le désherbage mécanique avec un intercep mais sinon tout se fait encore manuellement. Cela demande beaucoup de temps et en même temps l'investissement est très conséquent lorsque l'on démarre. Mais dans un monde où la consommation du vin chute, je souhaite que le vin reste accessible à tous et donc d'avoir des prix accessible même si nous sommes conscients que toutes nos charges coûtent chers, il faut trouver un bon compromis...

L’IGP Vin d’Île-de-France est récente (2020) et vous faites partie des pionniers briards aux côtés d’autres domaines comme Delorozoy : comment travaillez-vous collectivement – ou au contraire en complémentarité – pour construire une identité forte aux vins franciliens, et éviter qu’ils ne soient perçus comme une simple curiosité locale ?

Effectivement, nous avons été dans les premiers avec les Delorozoy à démarrer une aventure viticole. Nous avons la chance de faire partie d'une association AVVI (Association des Viticulteurs d'IDF) au sein de la Chambre d'agriculture d'IDF où l'on se retrouve entre vignerons d'IDF pour une journée technique chez l'un et l'autre avec l'appui d'un conseiller viticole et vinicole de la région de la Loire. Grâce aux groupes WhatsApp, nous échangeons beaucoup entre nous et avons la chance de pratiquement tous se connaître grâce aux journées techniques. Nous avons encore beaucoup à faire pour se faire connaître mais comme on dit si bien: Paris ne s'est pas fait en un jour!"

L’œnotourisme semble central dans votre projet, avec Bienvenue à la ferme, le soutien de Coulommiers Pays de Brie Tourisme et le projet européen « Ferme du Chasne » : à quoi ressemble, dans cinq ou dix ans, votre domaine idéal en termes d’accueil, d’expérience proposée aux visiteurs et de place des vins d’Île-de-France dans l’offre touristique régionale ?

Mon souhait serait de faire une route oenotouristique en Seine et Marne où l'on retrouve tous les producteurs de Seine et Marne pour le faire à vélo ou bien en voiture. J'espère que cela va se concrétiser mais en attendant, nous avons ce réseau Bienvenue à la Ferme qui nous aide beaucoup et qui nous permettent de faire de belles Portes Ouvertes chaque année. A terme, en ayant plus de temps, j'aimerai réaliser plus de soirées dégustations avec food truck au Domaine pour se faire encore pus connaître en local.. Et réaliser ce grand salon des vins d'ile de France!

Pour conclure, quel message aimeriez-vous adresser à nos lecteurs franciliens : que peuvent-ils faire, à leur échelle, pour soutenir des domaines engagés comme le vôtre et participer à la redécouverte des vins d’Île-de-France ?

Boire du vin et local!!! Allez à la rencontre des producteurs d'ile de France, sonnez à nos portes, je serai très heureuse d'expliquer cette renaissance d'Ile de France aux consommateurs. Il y avait 40000 ha fin du XIX e siècles, les techniques culturales, les choix de cépages, les modes de vinification ont changé et contribuent à permettre de faire de bons vins en Ile de France maintenant.

Pour en savoir plus : https://www.lechasne.com