Sorties en famille

Interview de Fred Griot de Caps aventure : Les coulisses des événements en hauteur sur corde en Île-de-France

Fred, vous êtes à la fois cordiste, concepteur d’activités verticales et artiste performeur : comment cette triple casquette a façonné l’ADN de Caps aventure et votre manière d’imaginer des événements en hauteur sur corde en Île-de-France ?Ces "casquettes" viennent de...

1 juillet 2026 8 min de lecture
Interview de Fred Griot de Caps aventure : Les coulisses des événements en hauteur sur corde en Île-de-France

Fred, vous êtes à la fois cordiste, concepteur d’activités verticales et artiste performeur : comment cette triple casquette a façonné l’ADN de Caps aventure et votre manière d’imaginer des événements en hauteur sur corde en Île-de-France ?

Ces "casquettes" viennent de passions d'enfant et de mes origines alpines. L'escalade m'a porté mené à créer un collectif de professionnels des activités verticales il y a plus de 25 ans. La vie m'ayant amené en Île-de-France, je l'ai créé donc sur Paris. Il rassemble des moniteurs d'escalade donc, mais aussi des cordistes, des élagueurs, des spécialistes du team building aventure, et du spectacle et cinéma en hauteur. Mon activité artistique d'écrivain et interprète est une autre nécessité apparue dès l'enfance elle aussi. Parfois les deux se rejoignent quand nous intervenons par exemple sur un spectacle de danse sur une façade ou lors d'une descente en rappel pendant un concert...

Quand une entreprise vous appelle pour un team building « L’esprit de cordée » ou pour un spectacle de façade à Paris, à quoi ressemblent très concrètement les coulisses : depuis la première visite de site jusqu’à l’instant où les premiers participants se retrouvent suspendus dans le vide ?

Très concrètement, nous discutons et explorons le projet ou le désir du client. Nous le traduisons en propositions réalistes selon les paramètres du métier et de ces activités particulières. Nous effectuons ensuite un repérage avant de faire une description très précise d'une solution, avec croquis, paramètres techniques, et de la chiffrer. Tout cela se joue entre l'humain et la technique, l'envie et sa traduction réelle. C'est ensuite un long travail de production (rdv, échanges autour de l'organisation, du contrat, de l'administratif, planning des moniteurs les plus adaptés au projet, préparation du matériel etc...). Enfin c'est le jour J et on accueille les participants à à la fois avec une humeur très joyeuse et la grande rigueur que nécessite les activités en hauteur, sur cordes. Comme je disais plus haut c'est ce qui nous passionne : l'humain au centre, l'aventure, la sécurité, parfois sa traduction artistique.

Vous avez accueilli des milliers de personnes, de HEC à la Croix-Rouge française : quelles sont, dans les faits, les principales peurs, résistances ou idées reçues que vous observez chez les participants, et comment votre équipe les prend en charge en coulisses pour transformer la peur en confiance ?

Quand vous accueillez des gens en haut du toit d'un immeuble et que vous vous apprêtez à les faire descendre en rappel sur une façade (exemples à Paris : Grand Rex, Forum des Halles, sièges sociaux de grandes entreprises), il y a forcément des appréhensions pour certains. On peut avoir très envie et en même temps avoir peur. C'est là qu'intervient le côté humaine : on ne passe pas des participants à la chaîne, ais des gens qui ont des émotions, un vécu. On les rassure alors en leurs présentant la méthode de descente et sa solidité, on les mets en confiance par la parole beaucoup, et par la façon d'être du guide : calme, compétences techniques, autorité naturelle et douce. En général presque tout le monde réussi. On s'attache à ce que tout le monde soit en réussite même si pour certains ce sera un exploit de suffisant de seulement regarder dans le vide. Il aura alors dépassé sa zone de confort, sa peur et le cela est une victoire ! Et puis regarder Paris depuis des lieux insolites : toits, sommets de son immeuble de bureau, église, suspendu sous un plafond, etc... c'est unique !

Sur le plan technique et réglementaire, organiser une tyrolienne urbaine, une danse de façade ou un parcours de cordes en Île-de-France implique des contraintes fortes (sécurité, autorisations, voisinage…) : pouvez-vous nous raconter un cas concret où ces contraintes ont complètement redessiné la conception de l’événement, voire vous ont obligé à innover ?

Déjà, avant toute chose, on sonde le propriétaire des lieux, savoir s'il est partant, pour éviter du travail inutile. Il faut, sur repérage, trouver les solutions techniques. Dans 90% des cas elles sont là, et on travaille presque tout le temps avec les éléments du bâti (piliers porteurs, IPN etc) sans avoir besoin de forer pour placer des amarrages. On établi un dossier technique et on demande l'autorisation au propriétaire des lieux, ou à la mairie par exemple (cela passe par Caps ou par l'agence de production pour les tournages de cinéma par exemple). En général on arrive assez bien à coller au désir initial du demandeur, même si l'on adapte un peu avec les contraintes concrètes.

Votre collaboration avec Antoine Le Menestrel et la Compagnie Lézards Bleus fait se rencontrer cordistes, danseurs, acrobates, techniciens… Comment se construit, en interne, ce dialogue entre rigueur industrielle du travail sur corde et liberté artistique du spectacle vivant, et que se passe-t-il réellement derrière le rideau les jours de représentation ?

Il s'agit d'abord d'une rencontre entre des gens qui ont une passion commune : le spectacle (de rue, de théâtre etc), l'escalade, la danse... Et de rencontres humaines où tout le monde a son rôle : danseur-grimpeur.se, ac-cordiste (comme l'on dit entre nous :) ), producteur.trice, sécurité au sol, régisseurs son et lumière, administrateur.trice, diffuseur... On repère longuement le site, ensuite on écrit la chorégraphie et les déplacements adaptés au lieu (dessins sur photos par exemple). Si possible c'est l'intention artistique qui prime (exemple ; démarrer le spectcale tout en haut de la tour de l'église) et on essaie ensuite de réaliser cela techniquement, mais c'est un aller retour constant entre les deux. Que se passe-t-il derrière le rideau de la scène juste avant de jouer ? Concrètement souvent il n'y a pas de rideau, mais nous avons des coulisses avec une zone de préparation, d'échauffement et de concentration, et juste avant de démarrer il y a les artistes et les ac-cordistes, en hauteur, cachés, prêts à se lancer ! Tout a été réglé au millimètre, vérifié, et répété des dizaines de fois, et on est prêt à jouer alors, et même parfois avec plus d'intensité que lors des répétitions !

Avec vos 20 ans de métier et un réseau de cordistes mobilisés pour l’événementiel, le cinéma ou les tournages, comment voyez-vous évoluer, dans les prochaines années, les événements en hauteur sur corde en Île-de-France : nouvelles formes, nouveaux lieux, nouvelles attentes des clients ou du public ?

On peut même dire un peu plus de 40 ans de métier, sourire. Il me semble que la forme des demandes va rester assez stable : les gens auront toujours envie de se mesurer à eux-mêmes, de vivre des moments exceptionnels, hors du commun, originaux. Souvent par contre il faut avoir l'idée, et quand l'on cherche un team building par exemple on n'a pas toujours l'idée et on n'imagine pas toujours qu'il est possible de descendre la siège social de sa société en rappel ! Et en plus cela est presque zéro carbone et c'est essentiel pour nous ! Par contre pour une partie des demandes dans le domaine du cinéma cela va sans doute changer car les possibilités en effets spéciaux évoluent très vite.

Pour conclure, que diriez-vous à un dirigeant ou à un organisateur d’événement francilien qui est tenté par une expérience en hauteur mais qui hésite encore à franchir le pas : quel conseil très concret lui donneriez-vous pour préparer son équipe et choisir le bon type de dispositif sur corde ?

Que c'est un challenge amical qui vous amènera d’abord à vous dépasser individuellement avec douceur, mais qui saura aussi créer de la cohésion et de la confiance dans votre équipe, qui vivra collectivement une expérience forte et unique !

C'est une expérience qui offre une forte valeur ajoutée, une très belle visibilité, pour un minimum de frais :
– activité très marquante et d’une grande originalité (en terme d’expérience pour les participants, et visuellement pour les spectateurs)
– cohésion d’équipe forte, esprit de cordée et challenge personnel
– excellente visibilité et mise en valeur de la société et du bâtiment
– un événement à domicile, donc un budget léger (pas de coûts de déplacement, d'hébergement etc)
– et ce que nous disions plus haut : une animation quasi zéro émission de carbone, et aujourd'hui on ne peut faire autrement que d'aller dans ce sens !
Alors bienvenue !
(photo : spectacle avec Antoine Le Menestrel et Caps aventure, Cie Lézards Bleus, festival Viva Cité)

Pour en savoir plus : https://www.caps-aventure.org