Villages d'Île-de-France

Interview de Emilie ROCHAT de Office de Tourisme de Saint Germain Boucles de Seine : Valoriser un territoire touristique grâce à une communication engagée

Bonjour Émilie, pour commencer, pouvez-vous nous présenter le territoire Saint Germain Boucles de Seine et expliquer en quoi son histoire impressionniste et son patrimoine en font un terrain privilégié pour une communication touristique engagée ?Saint Germain Boucles de Seine, c'est...

13 juillet 2026 9 min de lecture
Interview de Emilie ROCHAT de Office de Tourisme de Saint Germain Boucles de Seine : Valoriser un territoire touristique grâce à une communication engagée

Bonjour Émilie, pour commencer, pouvez-vous nous présenter le territoire Saint Germain Boucles de Seine et expliquer en quoi son histoire impressionniste et son patrimoine en font un terrain privilégié pour une communication touristique engagée ?

Saint Germain Boucles de Seine, c'est un territoire de 19 communes à l'ouest de Paris, construit autour de la Seine — près de 50 km de berges — et de deux grandes forêts domaniales, celles de Saint-Germain et de Marly. On résume souvent notre identité par une palette : le bleu de la Seine, le vert de la forêt, le blanc des pierres, le jaune du Roi Soleil.
C'est cette rencontre entre l'eau, la lumière et une histoire dense qui a attiré les impressionnistes à la fin du XIXe siècle — Renoir, Monet, Sisley, Pissarro sont venus peindre ici les bords de Seine et la vie populaire du dimanche. Et cette histoire impressionniste s'articule avec un autre pan tout aussi fort, notre passé royal, avec le château de Saint-Germain-en-Laye ou le domaine de Marly.
Cette double identité — terre des Rois et terre des Impressionnistes — nous donne une matière narrative très riche, qui nous permet d'aller au-delà d'une communication institutionnelle classique pour raconter quelque chose de plus incarné et de plus sensoriel.

Vous disposez d’un atout fort avec les parcours impressionnistes in situ, où l’on retrouve les toiles de Monet, Renoir, Sisley ou Pissarro à l’endroit même où ils peignaient. Comment transformez-vous cet héritage artistique en expérience immersive et porteuse de sens pour le visiteur d’aujourd’hui, au-delà du simple argument « carte postale » ?

Ce qui fait la force de ces parcours, c'est qu'ils ne se contentent pas de montrer une reproduction à côté d'un beau point de vue : on est littéralement à l'endroit où le peintre a posé son chevalet, on peut superposer le tableau et le paysage réel, parfois à quelques détails près. Ça crée un effet de vérité assez saisissant, presque intime, qui va bien au-delà de la simple photo souvenir.
Mais pour que ça devienne une vraie expérience immersive, on a choisi de ne pas s'arrêter à l'anecdote artistique. On raconte le contexte : ces peintres venaient ici parce que la Seine, à cette époque, c'était le lieu du dimanche populaire, des guinguettes, des canotiers, de la baignade, une vraie explosion de vie et de loisir à la sortie de Paris. Quand on s'arrête à la Grenouillère, cette guinguette peinte par Monet et Renoir en 1869, on ne parle pas seulement de technique picturale, on fait revivre cette atmosphère : la musique, les bals, l'insouciance d'une époque. C'est ça qui parle aux visiteurs d'aujourd'hui — cette idée de simplicité et de reconnexion à la nature, qui résonne étonnamment avec leurs propres attentes.
On a aussi voulu diversifier les formats pour toucher différents publics. Nos guides-conférenciers proposent des balades commentées qui replacent chaque toile dans son histoire. Mais on a également développé des formats plus ludiques et numériques : des jeux de piste avec l'application Paris Region Aventure pour les familles ou encore une enquête grandeur nature à l'Île des Impressionnistes où petits et grands doivent élucider un mystère au cœur du hameau Fournaise. L'idée, c'est que chacun puisse s'approprier ce patrimoine à sa manière, en marchant, en jouant ou en écoutant une histoire.
Et enfin, on inscrit ce patrimoine dans une dimension vivante : le Musée Fournaise ou le hangar de l'association Sequana, qui restaure encore aujourd'hui des yoles et bateaux à vapeur d'époque, montrent que cet héritage n'est pas figé — il continue à se transmettre, à se pratiquer, à se raconter. C'est cette continuité entre hier et aujourd'hui qui, je crois, transforme la carte postale en véritable expérience de sens.

L’opération « Les Papilles Impressionnistes » mêle culture, patrimoine et gastronomie avec des menus accessibles dans des maisons prestigieuses comme Cazaudehore, le Pavillon Henri IV ou Les Fistons. Comment faites-vous en sorte que cette initiative ne soit pas perçue comme un simple produit marketing, mais comme une démarche engagée qui raconte vraiment le territoire et ses artisans ?

Ce qui compte pour nous, c'est de ne pas imposer un concept clé en main aux restaurateurs, mais de les associer dès le départ. On part des carnets de recettes de Monet à Giverny, et chaque établissement se les réapproprie à sa façon, selon sa propre identité, c'est pour cela qu'on retrouve des maisons aussi différentes que Cazaudehore, le Pavillon Henri IV ou Les Fistons.
Cette liberté laissée aux chefs, c'est ce qui évite l'effet "produit marketing plaqué" : ce sont eux qui portent le récit à travers leur savoir-faire, pas nous qui l'écrivons à leur place.
L'opération s'appuie sur un partenariat solide avec la Région Île-de-France, ce qui lui donne une envergure et une légitimité au-delà du simple coup de communication — d'abord pour les 150 ans de l'impressionnisme, et cette année avec "Monet Gourmet 2026" pour le centenaire de la mort de Monet.

Votre territoire se situe aux portes de Paris, dans une région déjà très concurrencée touristiquement. Quels sont, selon vous, les principaux défis pour faire émerger Saint Germain Boucles de Seine avec un récit engagé, et comment évitez-vous le double écueil du greenwashing et du « culture washing » quand vous mettez en avant nature, Seine et patrimoine bâti ?

Le principal défi, c'est la proximité même avec Paris : elle est à la fois notre force et notre difficulté. On est à 20 minutes de la capitale, dans un environnement où le visiteur a l'embarras du choix — Versailles, Giverny, Auvers-sur-Oise sont juste à côté et portent déjà des récits impressionnistes ou royaux très identifiés. Notre enjeu, c'est donc de nous positionner comme un territoire à part entière. "Prenez la vie du beau côté" est notre message de marque, notre territoire est un "refuge" où l'on vient marcher, ralentir, se perdre dans un village plutôt que cocher une liste de musées. On invite les gens à des gestes précis et vérifiables, marcher sur les sentiers où chassait le Roi Soleil, manger à la Maison Fournaise comme Maupassant, se perdre dans le Désert de Retz. Ce sont des expériences concrètes, ancrées dans des lieux réels et des histoires vraies.
Pour éviter le greenwashing et le culture washing, on essaie de ne jamais mettre en avant un argument nature ou patrimoine sans un engagement concret derrière. Sur la nature, ça passe par des choses vérifiables : le label Accueil Vélo, qu'on développe aussi chez nos partenaires touristiques, hébergeurs et restaurateurs ; des engagements internes très concrets — tri sélectif, réduction du numérique, impressions maîtrisées ; et la mise en avant de producteurs locaux dans nos boutiques. C'est cette exigence de preuve derrière chaque promesse qui, je crois, nous permet de rester fidèles à l'esprit de notre manifeste : ralentir vraiment, et pas juste le dire.

Vous travaillez étroitement avec un réseau de partenaires locaux (restaurateurs, sites patrimoniaux, acteurs culturels). Pouvez-vous nous décrire concrètement comment vous les embarquez dans cette dynamique de valorisation engagée du territoire : co-construction des offres, critères de sélection, accompagnement sur la qualité d’accueil et le respect de l’esprit des lieux ?

On les embarque d'abord par la co-construction, notamment sur notre nouvelle identité de marque, construite en 2024 avec l'agence Léon Tourism & Travel via des ateliers où les partenaires ont été directement associés à la réflexion.
Ensuite, on structure l'accompagnement dans la durée, avec des rencontres thématiques et des ateliers. Sur la qualité d'accueil, on propose un accompagnement et des ateliers de sensibilisation pour aider nos partenaires à obtenir le label Tourisme et Handicap, et on les accompagne aussi sur le label Accueil Vélo, que nous portons nous-mêmes. C'est cette logique de labels vérifiables, avec un accompagnement concret derrière, qui garantit que l'esprit du lieu et la qualité d'accueil reposent sur des engagements réels.

En étant référencé par Visit Paris Region pour les excursions impressionnistes et très impliqué dans le réseau des Offices d’Île-de-France, vous avez une vision régionale des attentes des visiteurs. Comment imaginez-vous l’évolution, d’ici quelques années, d’une communication touristique plus responsable et engagée, notamment à la veille du centenaire Monet en 2026 ?

Un contrat de destination comme Destination Impressionnisme permet de faire rayonner un ensemble d'acteurs qui, chacun seul, n'auraient peut-être pas eu les moyens de se faire connaître de la même façon.
Et ce n'est pas seulement des actions de promotion ou des événements de notoriété comme le centenaire Monet en 2026 : il y a aussi tout un travail de fond, d'étude des clientèles et de développement, mené collectivement entre les territoires d'Île-de-France et de Normandie. Demain, je pense que la communication touristique responsable, ce sera de plus en plus ça : s'appuyer sur ces dynamiques de réseau plutôt que sur une course individuelle à la visibilité.

Pour conclure, quel message aimeriez-vous adresser à nos lecteurs – qu’ils soient habitants, visiteurs franciliens ou touristes internationaux – pour les encourager à découvrir Saint Germain Boucles de Seine autrement, avec un regard plus attentif et engagé sur le territoire qu’ils parcourent ?

Je leur dirais simplement : prenez le temps ! Que vous soyez d'ici ou de passage, n'hésitez pas à sortir des sentiers battus, à pousser la porte de l'un de nos musées, à discuter avec un commerçant ou un artisan. C'est dans ce regard un peu plus lent et curieux qu'on retrouve vraiment l'esprit du territoire et, comme dirait notre manifeste, qu'on prend la vie du beau côté.

Pour en savoir plus : https://www.seine-saintgermain.fr/