Hôtel Le Ballu
Ce qui nous a convaincus ici, c’est la constance d’un parti pris : derrière deux...
La rue de Bruxelles est courte, calme et bordée d'immeubles bourgeois ; Émile Zola y a vécu. Au numéro dix, deux lanternes rouges encadrent une porte sans enseigne. Le signal est d'époque : la maison fut, au tout début du siècle dernier, l'établissement discret de madame Souquet, après avoir abrité une école de filles dans les années qui suivirent la Commune. Elle a ensuite mené une vie d'hôtel ordinaire pendant plus d'un siècle, jusqu'à ce que Jacques Garcia s'en empare et la rende à sa première vocation, en décor. Tentures, bois sombres, miroirs piqués, objets de la fin du XIXe siècle : rien n'est neuf, tout est joué.
Le pastiche historique est un exercice périlleux, et la plupart des hôtels qui s'y essaient produisent un décor de théâtre qui s'écaille au deuxième jour. Ici, l'illusion tient, parce qu'elle repose sur du mobilier et des éléments authentiques et parce qu'elle est assumée jusqu'au bout, du nom des chambres à la pénombre des couloirs. La taille aide aussi : vingt clés seulement, dont six suites et deux appartements, avec ce que cela suppose d'attention. Et la maison a gardé son secret le mieux tenu pour le sous-sol, que rien n'annonce depuis la rue.
On est à la charnière de trois Paris. Celui de Pigalle et de ses salles de concert commence au bout de la rue ; celui de Montmartre monte cinq minutes plus haut, par le square et les escaliers ; celui de la Nouvelle Athènes, avec le musée de la Vie romantique et le musée Gustave Moreau, s'étend juste à l'est. Le Moulin Rouge est à trois minutes à pied, place Blanche. Les grands magasins du boulevard Haussmann demandent un quart d'heure, la gare Saint-Lazare autant, et le métro Blanche dessert la ligne qui traverse la ville d'est en ouest.
Prix : €€€€, cinq étoiles
Vibe : Belle Époque, théâtrale, sombre, romanesque
Chambres : vingt clés dont six suites et deux appartements, chacune portant le nom d'une courtisane
Pour qui : les week-ends en amoureux, les amateurs de décoration, les voyageurs qui sortent le soir à Pigalle
Ce que nous préférons ici : la piscine de neuf mètres du salon d'eau, sous un plafond constellé d'étoiles
À table : petit-déjeuner servi en chambre ou au jardin d'hiver, bar caché avec bibliothèque et jeux de société ; pas de restaurant, mais les tables de la Nouvelle Athènes sont à cinq minutes
Équipements : salon d'eau avec piscine et bains de vapeur, soins, jardin d'hiver, salons privatisables, service de conciergerie
À voir autour : Moulin Rouge (trois minutes à pied), musée de la Vie romantique (huit), Sacré-Coeur (quinze), Galeries Lafayette (quinze)
Chaque clé porte un nom, et ces noms sont ceux des femmes qui firent la légende du Paris de la Belle Époque : La Castiglione, Cléo de Mérode, Liane de Pougy, La Belle Otero, La Païva. Le procédé pourrait n'être qu'une étiquette ; il structure en réalité la décoration, chaque pièce ayant sa palette, ses tissus et ses objets. Les catégories montent des chambres aux six suites, puis aux deux appartements, les plus vastes de la maison. La maison propose aussi de choisir sa chambre à la réservation, ce qui a du sens quand chacune raconte autre chose.
C'est la surprise de la visite. Sous la maison, un spa que rien ne laisse deviner abrite un bassin de neuf mètres éclairé par un plafond constellé de points lumineux, doublé de bains de vapeur et de cabines de soins. L'espace se réserve, ce qui permet d'y être seul. Dans un hôtel de vingt clés et sur une emprise aussi contrainte, c'est un luxe qui compte davantage qu'une piscine de palace partagée par deux cents chambres.
Le rez-de-chaussée s'organise en salons plutôt qu'en espaces communs. Le Jardin d'Hiver sert le petit-déjeuner sous verrière et reste ouvert toute la journée ; le Salon des Mille et Une Nuits et le Salon des Petits Bonheurs se privatisent ; le bar, qu'il faut chercher, aligne une bibliothèque et des jeux de société, et il n'y a pas de restaurant, ce qui pousse dehors le soir. Le quartier s'en charge très bien.